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INTERVIEW DE VIELIKAN (FEDOR - CHANT, GUITARE)

 

Vielikan (Fedor - chant, guitare)

Interview réalisée par mail ; interviewer : helgi

Récemment débarqué de Carthage, Emotional Void est le premier EP de Vielikan, jeune formation tunisienne qui démontre d’emblée qu’elle n’est pas là pour faire de la figuration. Faisons sans plus attendre connaissance avec le groupe par l’intermédiaire de Fedor, chanteur et guitariste.



Salut Fedor! Puisque nous n’en sommes encore qu’au stade de la découverte, pourrais-tu nous présenter l’ « ensemble » Vielikan ainsi que les principales influences musicales de chacun d’entre vous? Vous citez sur votre myspace, entre autres, les musiques tsigane et russe…

Salut helgi. Exactement ; il se trouve que personnellement, mes origines slaves font que l’écoute d’un son quelconque tsigane me sensibilise amplement. Les influences dites Metal sont très mitigées, il est vrai que notre base est fondée dans le Death Metal mais cette seule sphère ne pourrait pas compléter notre musique, ou plus exactement nos paroles, car elles demandent les ambiances angoissantes du Black, l’atmosphère « déprimante » du Doom ainsi que la rage provenant du Thrash. Chacun des membres affiche une préférence pour un style.

Le guitariste, Khalil, est très Thrash (voire Power) dans sa vision du Death, ce dernier pense que la meilleure manière d’exploser le Death Metal actuel, c’est d’y accentuer ce côté ravageur du Thrash. Khalil, étant aussi d’origine russe, a la même sensibilité concernant le tsigane. Toute musique folklorique l’a beaucoup influencé durant son évolution musicale.

« Les profondeurs sombres du Doom Metal doivent être nécessairement présentes dans le Death, sinon il n’a pas de sens, créant un rendu subtil à cette musique ». Cette phrase est du genre de celles que me répète sans cesse Mehdi pour me guider dans la composition ; Mehdi, bassiste du groupe, est plus un penseur qu’un musicien en tant que tel, d’ailleurs il n’est pas seulement impliqué dans la musique, mais aussi dans la peinture abstraite, reflétant sa personne.

Tarek, à la batterie, regroupe essentiellement trois genres : le Death, le Black et même le « Neo » je dirais. Les premiers groupes avec lesquels il s’est lancé dans le Metal ainsi que cette passion pour la rythmique sont sans discussion Death, Dimmu Borgir et Slipknot.
Pour lui, un style quasi parfait contiendrait les éléments de ces trois groupes avec des combinaisons rythmiques « ultra lourdes et puissantes » comme il dit.

Pour ma part, je me divise entre tous ces avis, étant parfaitement d’accord avant même de les entendre, mais mes propres influences sortent souvent du Metal pour rencontrer comme je l’ai dit au début, le tsigane, mais aussi -cela pourrait paraître drôle- les musiques de jeux vidéos telles que celles de la série des Fallout, des Diablo etc…


Je crois savoir qu’avant de fonder Vielikan tu étais impliqué dans deux autres projets, pourrais-tu nous en dire plus à ce sujet? Plus simplement, comment s’est passée la « maturation » de Vielikan? Vous connaissiez-vous déjà avant? Je te pose la question car vous avez déjà l’air bien en place sur cet EP!

En fait, Vielikan n’est rien d’autre que l’évolution de mon premier projet nommé « Death Awakening », devenu ensuite « Ethereal Travel » pour changer en « Ethereal ». Ces changements de noms étaient pour moi comme une manière de « tourner la page », un fait assez symbolique.

Comme il est écrit dans notre petite biographie, Vielikan a été formé en fin 2008, mais il existe en fait depuis 2002 ! Alors bon, six ans pour concrétiser un projet est exagérément long je l’admets, mais pendant ces années je me dispersais parallèlement avec de nombreux groupes (Soulhunt, Old Crow, Melmoth, Kane, Tanit etc…)

Death Awakening s’est donc divisé aujourd’hui pour former deux groupes, Vielikan, et Severe Agony (Old school Death).

Depuis Vielikan je me suis alors promis d’arrêter de me disperser dans tous les sens avec d’autres groupes car j’ai enfin compris que ça ne fera que retarder la progression du groupe ; cependant, je poursuis toujours mon implication avec Severe Agony et Vargaborg (Metal parodique).

Oui, les gars et moi nous connaissions très bien depuis longtemps avant Vielikan, ceci dit la scène Metal est ridiculement petite en Tunisie donc ça n’est rien d’étonnant. D’ailleurs, Mehdi avait rejoint Death Awakening lors de son dernier line up (inutile de parler des changements de membres que ces anciens projets ont subi, l’interview serait interminable)


Le nom de votre groupe m’intrigue… A-t-il une signification particulière? Pour rester dans ce sillage de questions, j’ai fait mention d’une « parenté » avec Opeth sur la seconde piste sur le plan musical, mais le titre « Black Marsh » lui-même est-il un clin d’œil à « Blackwater Park »?

Justement, lorsque je cherchais un nom pour le groupe, je pensais sans arrêt au nom « Black Marsh » car je ne cesse de voir un marécage sombre à l’eau très bleue et translucide lorsque je compose n’importe quelle mélodie ; en fait, il est sombre parce que je le vois uniquement la nuit héhé : ça casse tout s'il est accessible le jour. Le ciel dégagé, la lune qui éclaire ce marécage, mais toujours cet aspect sombre et glauque, malgré le fait que cet endroit ne peut en aucun cas dans mon imagination être "sale", même s'il est très vieux... L'ombre mystérieuse des arbres menaçants mélangée à une eau limpide fait de cet endroit un lieu à la foi mystique, effrayant et apaisant.

Ensuite, le nom « Black Marsh » tournait toujours au fond de moi depuis que j’ai découvert lorsque j’étais plus petit le jeux vidéo « Diablo 2 », un endroit m’ayant fortement marqué dans ce jeu s’appelait « The Black Marsh ». Enfin le nom « Black Marsh » revient toujours dans nos paroles car il a une signification très importante concernant la musique et l’ensemble des textes.

A vrai dire, je ne me souviens plus exactement pourquoi j’ai préféré en faire le titre d’une chanson qu’autre chose, je me disais peut-être que c’était « trop » classique pour que ce soit le nom du groupe… Bref je ne sais plus… En tout cas, Vielikan m’était venu d’un seul coup, c’est un mot russe qui signifie « géant », « majestueux » ; je l’ai beaucoup aimé car la sonorité de sa prononciation (se prononce « Vielikâne ») me fait tout de suite penser à la musique du groupe ainsi qu’à son ambiance.

Bien vu helgi, le morceau Black Marsh est aussi incontestablement un clin d’œil à Opeth, ce groupe qui pour moi, frôle la perfection.



Concernant vos textes, pourrais-tu nous donner vos sources d’inspiration? Un groupe comme Asmodée, par exemple, accorde une large place aux lectures marquantes dans leur travail de composition des textes. Y a-t-il des lectures qui vous ont marqué et qui « hantent » votre inspiration avec Vielikan?

Les écrits qui m'ont très certainement et énormément influencé sont ceux des russes Pushkin et Tolstoï; du français Baudelaire; du philosophe allemand Leibniz; et ceux du "père" du
DeathMetal, Chuck Shuldiner.

Mais ces écrits n'ont pas influencé ceux dans Vielikan (quoique forcément ils m'ont influencé mais je ne m'en rends pas compte) ou du moins, je ne les prends pas en tant que "source d'inspiration".

Mais la chose qui m’inspire le plus pour l’écriture, ce sont les choses ainsi que les gens qui m’entourent et surtout la personne que j’aime.

Les textes se divisent en fait en deux, le premier concept est de parler généralement de l’influence qu’ont les émotions sur la raison, le deuxième est carrément « autobiographique ».


Le chanteur d’Orphaned Land utilise aussi bien l’anglais que l’hébreu ou l’arabe (et d’autres encore, me semble-t-il)… Penses-tu pouvoir un jour chanter en langue arabe avec Vielikan ou, au contraire, considères-tu qu’elle soit « incompatible » avec votre musique et ce que vous voulez faire passer comme émotions et/ou message?

Il se trouve que déjà que dans notre premier EP je chante en russe (à la fin de « A Vertiginous Fall »). Dans les prochains titres, il y aura certains passages chantés donc en russe et d’autres même en arabe, mais je pense qu’en faire trop serait, comme tu le dis, incompatible à la longue.


Une écrasante majorité des groupes « métal » provient de l’Europe, des Etats-Unis également, mais certains pays situés en-dehors de ces deux zones comme le Japon, l’Australie ou encore le Brésil ont des représentants à la renommée établie. Quelle est la situation actuelle pour un groupe « métal » en Tunisie? Déjà, « culturellement » parlant, comment est considéré ce style musical? (En France, l’on est pratiquement blasés de voir toujours pulluler dans des reportages et journaux de « masse » -au sens le plus péjoratif qui soit- les rengaines miteuses du type « cheveux longs et bouc = métalleux = ivrogne drogué adepte de la pollution sonore vénérant Satan et pillant des cimetières comme on passerait un week-end à la mer » - j’exagère à peine).

Oulah, ça c’est une question !

Bon… le Metal en Tunisie est considérablement mal vu, ou plutôt absolument refusé…
Comme tu l’a dit précisément au sujet de Satan et ces autres stupidités… Les Metalheads sont rares, lorsqu’on joue sur scène on trouve parmi le public plus de musiciens qu’autre chose (et j’exagère à peine a mon tour, et ne parlons pas de la concurrence entre les groupes, une vraie guerre froide musicale insupportable), et si le reste du public n’est pas musicien dans un groupe, ce sont alors des gens qui viennent juste pour le headbang et pogo, sans accorder un minimum d’attention à ce que le groupe produit. Il suffit d’accorder sa guitare sur scène pour voir le public déjà en plein pogo... (et je t’assure, ça m’est déjà arrivé)

Tout ceci n’est pas dû aux Metalleux, au public, mais essentiellement aux groupes et à leur mentalité entre eux.

Que se passe-t-il alors ? Les groupes « puristes » ne veulent plus monter en concert (je passe les conditions abominables dans lesquelles ils se produisent, sur tous les plans, pas seulement technique, mais tous les défauts qui te passent par l’esprit, oui, tout!). La scène va alors se bourrer de conneries d’émo « gay » et de punk, car elle se verra monopolisée par ce genre de musique, pendant que les « puristes » se cassent la gueule, s’entretuent toujours froidement et se poignardent dans le dos « with a cross-turned dagger » (cf Death , Crystal Mountain)

La notion de « solidarité » entre Metalleux est absolument absente, les groupes se détestent entre eux et gardent toujours la tête haute, et ça c’est vraiment triste car ce petit pays déborde de musiciens géniaux, dévorés et démotivés par tous ces facteurs, gardant aussi un complexe de « nous somme Tunisiens, le Metal n’est pas notre culture ».

Absurde.


Y a-t-il des groupes tunisiens (métal ou autres) que tu nous conseillerais vivement d’aller découvrir? Si oui, lesquels?

Nous n’avons en Tunisie que quelques groupes réellement actifs, les autres n’ont besoin que d’une seule chose : « jouer dans un groupe de Metal » et basta, sans production ni rien. Les autres « vétérans » sont des durs et s’en foutent de ce que peuvent penser les gens du moment qu’ils produisent ce qu’ils veulent.

Pour moi, les génies tunisiens sont :
-Anas Abid (un guitariste virtuose en solo qui se produit en Back Tracks sur scène)
-G-Head (un autre fou de la guitare qui s’appelle réellement Jihed Bedoui)
-Vomit the Hate (Incroyable Death “technico brutale”)
-Tanit (Death Orientale “Carthaginois”)
-Damned Sorrow (Death Metal “puissant” à la Vader je dirais)
-The Throne (Epic Black Orientale)
Et plein d’autres groupes, une vingtaine, qui produisent de la bonne, très bonne musique.

Mais s’il y a un bien un groupe que je considère personnellement magnifique, c’est bien « Out Body Experience » (Doom Black Melodique), malheureusement ce dernier n’a qu’un seul album et aujourd’hui la formation, ainsi que la musique, a complètement changé de chemin…



Qu’en est-il de votre premier album en prévision? Une date approximative de sortie à nous donner?

Franchement, je ne veux pas annoncer la date de la sortie de notre premier album même si elle est bien là dans ma tête, j’ai en fait peur d’être pris dans le même embarras que celui de Severe Agony, le fait que la date annoncée soit retardée… Ce qui est sur, c’est que l’album sortira cette année.

La musique de l’album sera basée sur le même concept de « Emotional Void » et contiendra sept morceaux, chacun durant dix minutes en moyenne.


Où en êtes-vous dans la recherche d’un label? C’est l’occasion de lancer un nouvel appel.

Effectivement, nous cherchons encore et toujours un label pour la distribution de notre premier album ; pour le moment, il y a des propositions à échanger, mais rien de concret, et d’ailleurs je dois moi-même comprendre parfaitement comment se déroule le circuit.

Agaçant !


Pour ma part, je considère ce premier essai de Vielikan comme réussi et j’invite les lecteurs à tenter l’expérience (surtout de nuit, il a une petite saveur en plus, mais ça n’engage que moi!). te remercie d’avoir pris le temps de répondre à cette petite interview, et te laisse le soin de donner le lien internet où nos lecteurs pourront satisfaire leur curiosité -que j’espère avoir aiguisée- et de nous livrer le mot de clôture!

C’était un énorme plaisir pour moi de répondre à tes questions, première interview de Vielikan, je m’en souviendrai! Longue vie à LORDS OF WINTER !

 

helgi le 16/08/2009