10/10 Restons calme... "Immigrant Song", de son riff conquérant, me possède dés cette montée de souffle analogique brulant, une assiste rythmique en or, une guitare toute en delay, toute en groove et feeling, un chant d'aventurier téméraire, brave, fort et beau... III, l'album du monde, une vision réfléchie et mature, engendrée par des contemplations libres et rêveuses, enfantée par les fantasmes enfouis au plus profond d'un groupe n'ayant jusqu'alors connu que la folie, la sueur et l'épuisement. Album qui tranche net les avis des détracteurs tout comme ceux des adorateurs. Led Zeppelin a inventé le Hard Rock? Ils sauront l'assumer. Led Zeppelin ne sait jouer que du Hard Rock? Ils vous rieront au nez. L'album du monde ne saurait arborer la moindre étiquette, il est Tout, tout ce que peut être le rock, le blues, le hard, le folk... L'insérer dans sa platine, c'est ouvrir un million de petites fenêtres sur le monde, comme tant de petits tableaux, aussi simples que touchants, dans lesquels grouillent toutes les créations de Dieu, humaines ou non. Enfanté par Page et Plant, alors isolés dans des contrées où la nature immense va les confronter seuls à leur inspiration commune, III est sans aucun doute l'album le plus ambitieux, le plus osé et le plus hétérogène qu'ait enfanté le Zeppelin.
"Immigrant Song" annonce de façon magistrale ce que sera la suite d'un Brown Bomber né dans un contexte des plus Rock N Roll, mais quelquechose a changé... C'est tout simplement lumineux, on peine à déceler la même virulence opaque, pourtant la fougue est on ne peut plus présente. C'est lumineux oui, ce riffing au demeurant impitoyable est gorgé d'un feu immense, tandis que Plant irradie de chaleur humaine et nous embrase. 2 minutes prouvant amplement que la machine vole plus haut que jamais, elle parcoure le monde entier, mystères de l'orient, folklore hindou, natures insaisissables d'Irlande, d'Europe... L'assimilation musicale de telles cultures débouche sur le Folk, évidemment... "Friends", son clavier planant et magnifique, ses guitares étincellantes des pays du soleil, ses arrangement percussifs de bongos en douce cavalcade, et son chant d'azur, semblant sortir d'un rêve, noyé dans une réverb des cieux, planante comme jamais, confinant à la pleinitude, à la recherche de soi. C'est incontestablement magnifique, beau à en pleurer. A Babord toute Cap'tain Page! Direction les états du sud! Guitares des Bayoux, sonnant comme le blues le plus ancien, le plus sale et le plus brut, s'entrecroisant dans une mélopée rythmique inoubliable, de Folk et de grâce, la légèreté du toucher nous conte des milliers d'histoire, le refrain d'une beauté salvatrice nous peint des milliers de décors, sans qu'on sache vraiment les situer... Magique.
Magique. Le mot est lâché, et on ne saurait désormais partir en quête d'un substrat qualificatif lorsqu'apparaissent ces premières notes de guitares, elles semblent pleurer de larmes paresseuses et d'illusions perdues. Soudain, les yeux se ferment, la douleur, la disto, la rage, le blues! "Since I've Been Loving You", le meilleur morceau blues écrit par des blancs? Ouais, ce que j'écoute là, en écrivant ces quelques lignes, ça me dit d'aller plus loin, très loin... Quel autre morceau peut prétendre toucher à ce point l'auditeur? Au plus profond de ses tripes, de son âme, le morceau parfait... Un crescendo de 443 secondes plein de souvenirs, de couleurs, de larmes et d'apaisement, un Crescendo dont le point l'orgue sera cette montée en puissance de cordes cristallines et violentes, sublimée par un Robert Plant au sommet de son art, un talent à faire chialer tout être vivant. Ca y est l'orgue s'éteint, les guitares se fondent dans le vide, pourtant elles pleurent toujours soyez-en surs! J'ai beau connaître les lieux par coeur, chaque incursion dans cette cabane de solitude, maudite et rongée par un amour déchu, c'est une extase perpétuelle, immortelle...
Restons calme... "Out on the Tiles", ou la griffe Led Zeppelin, son blues/rock inimitable, celui de "I", celui de toujours, d'or et d'airain, groovy et implacable, aux élancements rageurs et aux élévations de grâce et de décibels. La dernière déclaration Rock de ce saint-album est plus belle que jamais, conclusion appropriée d'une Face A essentielle. Le temps de retourner la galette, et nous voilà à l'ouest, aride et profond, de ses terrains ôcres creusés par les foulées aventurières de pionniers musiciens. D'une rythmique véloce, on les suit pas à pas, Mandoline, 12 cordes, Banjos, tout est là, tout est bouillonant de vie et ça pue l'odeur des Saloons, des Musiques d'un autre âge, l'âge d'or de l'ouest, c'est entrainant et jouissif! Cette richesse de son est impressionante, d'une bonne humeur communicatrice, propice au rêve, à l'évasion, à la contemplation tranquille. "Tangerine", "That's the Way", mini-odyssées champêtres, une musique Pop nourrie de Folk, en guitares sèches du bois le plus pur, en leads larmoyants et nostaliques, à la fois désenchantés et nourris par l'espoir. Plus que jamais, ça parle d'amour, ça chante l'amour et ça le chante à la perfection, en ballades automnales transpirant de nobles sentiments, tristes et beaux. Tiens, une autre mélopée campagnarde m'enchante, aux accents complètement fous, rythmée de percussions aux peaux détendues et chaleureuses, une grande fête des gueux claquant des mains et dansant en s'émerveillant de tout et de rien, ils dansent et chantent la vie, "tout ce que tu manques, ce ne sont que des murs de brique, allons marcher le long des chemins, chantant toujours les mêmes vieilles chansons", nous dit-il. On le suit sans broncher, sautillant gaiement au travers de ce festival de notes et de couleurs... les chansons des ancêtres, qui vivaient de rien, et on en a la larme à l'oeil.
Si l'album du monde s'inspire librement des traditions et des hymnes anciens, ce n'est que pour les transcender, la poussière devient Or, toutes ces chansons oubliées profitent des traitements de cet endroit mythique qu'est la grange Headley, et il n'en est ressorti que merveilles. Il règne une véritable féerie sur l'album du monde, un brassage des ethnies, des cultures et des passions, que nul autre groupe n'aurait si bien pu illustrer. J'en meurs littéralement, de cette beauté, de ce rock raffiné, de ce blues langoureux, de cette douce évasion, de cette dimension colorée de vie et de sentiments, de cet amour cruel... Sentence défintive: Le meilleur album du Zeppelin, est aussi un des plus bel album du siècle, essentiel à tout point de vue. Si on a jadis touché du doigt la perfection, ici, on se noit dedans, on s'en nourrit, on reste calme, on s'en inspire, on y retourne sans cesse, et on en meurt.
Deckard le 26/01/2007 |