4.5/6 Quatre années, c’est le temps qu’auront mis les rouennais d’Absynth pour sortir leur première démo, là où parfois certaines formations se précipitent après quelques semaines de répétitions afin de proposer un enregistrement souvent plus risible qualitativement que démontrant d’une réelle cohésion d’ensemble. Formé donc en deux mille cinq à Rouen, le groupe qui eut un temps un clavier en son sein, eut la très bonne idée de se séparer de ce dernier il y a deux ans et demi, gagnant ainsi en virilité, ce que confirma d’ailleurs l’arrivée d’un second guitariste, Boromir, transfuge des regrettés feu Hellequin. Il fut d’ailleurs rejoint par son ancien compagnon d’armes Racheengel au poste de bassiste l’année suivante. Le groupe reprit entre temps l’écriture de nouvelles compositions présentes sur cette première démo intitulée Dystopia.
Sur ces quelques vingt six minutes, les rouennais proposent un black metal assez mélodique, dans la lignée des premières œuvres de Catamenia ou bien de celles d’Ancalagon, voire ceux des débuts d’Emperor, la sophistication en moins. Le groupe alterne ainsi entre passages rapides et d’autres dans une veine mid tempo, l’enchevêtrement entre ces diverses parties se faisant très bien, les transitions étant de surcroit bien amenées. La musique du quintet n’est d’ailleurs pas foncièrement violente, même si elle comprend quelques accès de colère comme sur le final de The Cave. En fait le black metal d’Absynth repose avant tout sur le bon riffing mélodique déployé par Boromir et Charles tout le long de ces cinq titres. En effet, ces derniers sont peu avares en la matière, proposant également quelques arpèges au détour d’un break ou bien en accompagnant de la rythmique comme c’est le cas sur The End of Dreamland, et des harmonisations bien senties.
Si bien évidemment le propos d’Absynth n’est nullement original, il repose tout de même sur une bonne qualité d’écriture, avec quelques petites trouvailles intéressantes, comme ce passage médian sur Les Tourments de la Chair. De toutes manières, là n’étaient sans doute pas les velléités du groupe, qui pratique tout de même une musique à la fois honnête et bien exécutée. L’on regrettera toutefois que la basse, même si bien exécutée, reste tout de même assez timorée, là où elle aurait pu étoffer la palette sonore du quintet. Par contre, l’on ne peut qu’applaudir la très bonne prestation du chanteur Narghfall, ce dernier possédant un timbre de voix black metal assez grave qu’il module de belle manière, avec une belle montée en intensité sur le final de The Cave. S’ajoutent à cela quelques growls, bien gutturaux, apportant un peu de variété à l’ensemble. Le groupe bénéficia d’une bonne production, mettant en valeur chaque instrument, sans tomber dans les affres de la modernité et du tout numérique : elle possède d’ailleurs un petit cachet appréciable laissant à penser qu’elle fut enregistrée durant les années quatre vingt dix.
Bref, il va sans dire que ce premier essai d’Absynth est plus que concluant. Dystopia ravira donc les amateurs de black mélodique et racé, notamment l’école finlandaise du milieu des années quatre vingt dix. Par contre, en dépit de sa provenance, ne nous trompons pas, Absynth n’est nullement un clone de Hyadningar. Si le propos musical des rouennais n’est pas en soi d’une très grande singularité, ces derniers ont toutefois eu le mérite de proposer un enregistrement de qualité avec des compositions bien ficelées. Ces derniers ont d’ailleurs eut la bonne idée de prendre leur temps avant d’enregistrer leurs compositions. Cette démo nous dévoile avant tout un groupe possédant un bon potentiel qui, espérons-le, pourra s’affirmer sur un prochain enregistrement. En attendant, cette démo s’avère plus que recommandable. Asgeirr le 01/10/2009 |